Résidences de la saison
D'autres manières
d'être au monde
Le 11 septembre dernier, avait lieu, pour la première fois, une activité d’intégration réunissant les artistes qui seront accueilli·e·s en résidence au Cube cette année, les formateur·rice·s du programme des Bougies d’allumage et l’équipe du Cube.
En plus de faire connaissance et de découvrir les projets de chacun·e, nous avons pris un moment pour regarder cette nouvelle saison dans son ensemble. Qu’est-ce qui relie ces recherches ? Qu’est-ce qui se répond d’un projet à l’autre, malgré la diversité des univers, des pratiques et des préoccupations ? Bref, quel fil rouge se dessine entre toutes ces résidences ?
Cette année, dix projets seront accueillis en résidence au Cube. Dix univers, dix manières de chercher, de créer des images, des récits et des expériences. En les regardant côte à côte, quatre mots ont émergé : autodétermination, expérience, permission et vulnérabilité.
Des personnages qui refusent de se conformer. Des corps qui portent des héritages invisibles ou qui ne correspondent pas aux normes. Des artistes qui cherchent à raconter autrement que par les mots ou par le regard. Des jeunes spectateur·rice·s invité·e·s à s’approcher de leurs peurs, à leurs perceptions et à celles des autres. Autant de projets qui s’intéressent à ce qui arrive quand notre manière habituelle d’anticiper le monde ne suffit plus.
Alors, par quoi commencer ?
Peut-être, par se donner la permission de ne pas savoir, de regarder autrement, d’essayer, de se tromper et de recommencer. C’est précisément ce que permet une résidence de recherche : un espace où l’artiste peut prendre le temps d’explorer avant de savoir où il va.
Cette permission demande aussi une certaine vulnérabilité : accepter de ne pas tout maîtriser, de se laisser surprendre par les matériaux, les rencontres, les jeunes et les essais et les erreurs. Une vulnérabilité qui devient une force de création et de rencontre.
Elle ouvre la voie à l’expérience : plusieurs des projets de cette saison cherchent moins à raconter quelque chose aux jeunes qu’à leur faire vivre une autre manière de percevoir, de ressentir, de participer et d’être au monde.
Et peut-être que c’est là que se trouve l’autodétermination : offrir aux jeunes non pas des réponses toutes faites, mais la possibilité de construire leur propre regard, de choisir, d’interpréter et d’agir.
Cette saison, les artistes du Cube cherchent donc des formes pour dire le monde, mais surtout pour nous permettre de l’éprouver autrement.
Et si la première étape était de s’offrir la permission de chercher?
Audrey-Anne, EliZabeth, Emmanuelle, Évelyne, Lucas, Marjolaine, Mélina, Samuel, Véronique et Valérie : bienvenue au Cube !
Programme régulier de résidences
Pépites de quoi? — Une histoire pour poser des questions — Emmanuelle Lussier-Martinez
Petit Rayon et Brise Glace découvrent peu à peu le monde qui les attend et questionnent les règles auxquelles on leur demande de se conformer. À travers un univers ludique et éclaté, Emmanuelle Lussier-Martinez souhaite aborder l’irréversibilité de nos gestes et la quête de croissance à tout prix, tout en laissant affleurer des angoisses plus intimes.
Question de recherche : Comment aborder l’écoanxiété et la surconsommation avec les enfants sans leur transmettre une vision anxiogène du monde ?
(Du 9 au 13 novembre 2026)
Corposcopie — Confettis Sauvages
Corposcopie explore les héritages corporels et émotionnels transmis de mère en fille et les traces, visibles ou invisibles, qu’ils laissent sur les corps. À travers un dispositif immersif composé de stations performatives, EliZabeth Bosquet et ses complices s’intéresseront notamment aux relations entre image, matière et corps, ainsi qu’aux dynamiques de circulation et de perception du public. Les cercles de broderie deviendront des espaces de mise en relation et de composition.
Question de recherche : Comment rendre perceptibles des héritages invisibles à travers une expérience sensorielle et immersive destinée aux ados ?
(Du 30 novembre au 6 décembre 2026, puis du 26 avril au 2 mai 2027)
Laideronnie (titre provisoire) — Véronique Pascal
Trois êtres difformes chutent dans un monde auquel iels ne sentent pas appartenir et qu’iels apprivoiseront par le jeu. Entre peaux élastiques et paroles récoltées, ce projet transforme l’altérité en une célébration de la résilience. Portée par Véronique Pascal, cette recherche s’inscrit dans la continuité d’une résidence menée au Cube en 2024 autour de l’aliénation corporelle et des diktats de la beauté.
Question de recherche : Quels déclencheurs permettent de passer de la « Laideronnie » à la « Beautalie », et vice versa ?
(Du 1 au 5 février, puis du 8 au 14 mars 2027)
Au-delà du visuel — Collectif Au-delà du visuel
Cette création immersive et multisensorielle croise théâtre, danse, musique et marionnette pour explorer les peurs secrètes, les sensations et le lâcher-prise. Ce projet de résidence mené par Audrey-Anne Bouchard permettra au collectif Au-delà du visuel de développer des matières textuelles, gestuelles, scénographiques et sonores, nourries par des rencontres avec des jeunes. Le collectif cherchera ainsi à inventer des formes et des récits qui puissent être appréhendés autrement que par la seule vue.
Question de recherche : Comment raconter une histoire aux jeunes en mobilisant leurs sens autrement que par le seul regard ?
(Du 22 au 31 mars 2027)
OX Inertia — Mélina Kerhoas
Deux voyageurs tentent de traverser un monde qui se métamorphose et les bouscule. À travers le théâtre d’objets et d’ombres, Mélina Kerhoas souhaite explorer ce qui continue de nous relier dans un monde de plus en plus fragmenté. La résidence sera consacrée à une recherche autour d’objets abimés, de décors mouvants et d’ombres, avec une première exploration auprès d’ados pour éprouver la lisibilité, l’émotion et l’interprétation des images.
Question de recherche : En s’appuyant sur une dramaturgie entièrement visuelle, comment faire dialoguer deux couches de récit pour qu’elles se complètent sans se répéter ?
(Du 12 au 25 avril 2027)
Pour t’espérer encore — Valérie Boucher
Ce projet pour ados explore la montée du masculinisme et ses effets sur les croyances, les relations et les comportements des jeunes. Sofia est dans le coma après avoir été attaquée par Julien, dont elle a refusé les avances. Chaque nuit, ses ami·e·s se rassemblent pour une danse rituelle dans l’espoir de provoquer son réveil. À travers cette communauté réunie autour d’un geste collectif, le projet interroge ce qui peut être désappris, réparé et transformé dans nos relations.
Question de recherche : Comment créer un espace de réflexion et d’action pour les jeunes autour des tensions entre les genres, sans accentuer les clivages ?
(Du 26-27-28 avril, puis du 3 au 7 mai 2027)
Programme de résidence avec accompagnement privilégié
Trésor — Toutefois/Samuel Boulianne
Un jeune personnage autiste tente d’amadouer un dragon dans la piscine à balles. Avec son projet, Samuel Boulianne cherche à créer un univers de surstimulation pour raconter l’apprentissage maladroit de l’amour. La résidence permettra de faire émerger les premières traces écrites et visuelles du projet, en croisant écriture, dramaturgie et jeu.
Question de recherche : Comment rendre sensible l’élan d’aimer quand le contexte prime sur le langage et sur les mots eux-mêmes ?
(Du 16 au 22 novembre 2026, puis du 1er au 7 mars 2027, avec un accompagnement sur toute la saison)
Programme interrégional de résidences
Beautiful Darkness – Évelyne Pépin et Mélina Kerhoas
Adapté du conte Vison du Nord de Keenan Poloncsak, Beautiful Darkness raconte l’histoire d’un jeune vison qui ose traverser une route malgré l’interdit de son groupe. Le projet explore l’élan d’autodétermination à l’adolescence, le désir d’aller vers l’inconnu et la possibilité de remettre en question les normes. La résidence du tandem Évelyne Pépin et Mélina Kerhoas portera notamment sur une scénographie en pop-up capable de produire et de recevoir des ombres, faisant du décor un espace vivant et transgressif.
Question de recherche : Comment créer les conditions pour que les spectateur ados développent une posture active face au récit et aux images ?
(Au Théâtre La Rubrique : du 9 au 13 novembre 2026;
Au Petit Théâtre de Sherbrooke : du 1 au 5 mars 2027;
Au Cube : du 10 au 14 mai 2027)
Programme international de résidences croisées (avec la France)
Difforme – Lucas Barzykowski & Marjolaine Mansot
Cette résidence approfondit une recherche sur la dysmorphophobie en croisant écriture dramaturgique, exploration du costume et des matériaux et recherche sur la perception du corps. Avec leur projet Lucas Barzykowski et Marjolaine Mansot s’intéressent à l’écart entre ce qui est réellement visible et ce qui est projeté sur le corps. Des rencontres avec des ados nourriront la réflexion et l’écriture, tandis que des jeux avec différentes matières permettront de faire émerger l’univers esthétique du projet.
Question de recherche : Comment rendre sensible l’écart entre son corps et ce qu’on perçoit de lui ?
(Du 2 novembre au 11 décembre 2026)
