La bonne femme, petite forme en itinérance - Résidence de recherche de Jasmine Dubé, Linda Brunelle et Martin Faucher

JOURNAL
DE BORD

Alors que l’itinérance et la santé mentale prennent des proportions inégalées, en compagnie de ses deux complices, Linda Brunelle et Martin Faucher, Jasmine Dubé souhaitait revisiter — 30 ans plus tard — la pièce La bonne femme pour en faire une petite forme pouvant être présentée en différents lieux, en itinérance, en compagnie de son chien Solo. (En résidence du 27 au 31 octobre 2025)

La résidence avait comme objectif de revisiter le personnage de La Bonne femme créé il y a 30 ans, avec trois des artistes qui y ont participé : Jasmine à l’écriture et à l’interprétation, Martin à la mise en scène et Linda au décor, costumes et accessoires.

Trente ans plus tard, alors que l’itinérance et la santé mentale prennent des proportions inégalées, nous reprenons la réflexion autour de La bonne femme.

Pendant une semaine, nous avons revu le personnage en pensant à une petite forme légère. Nous avons tenté de répondre à différentes questions.

Est-ce que La bonne femme pourrait être présentée dans un environnement dépouillé ? Dans différents lieux, équipés ou non ?

Est-ce que le personnage peut transporter tout son univers, sans l’appui d’un décor et d’éclairages élaborés ?

Est-ce que le personnage, à l’instar de plusieurs personnes itinérantes, peut être accompagné d’un chien, sans que cela interfère dans le propos et le déroulement de l’histoire ?

L’itinérance a monté en flèche en 30 ans. Nous avons réfléchi à ce que pouvait voir un enfant de 4 ans en1995 versus en 2025. Quelle est notre responsabilité comme artistes, à présenter la dureté du monde, le réalisme, l’itinérance ?

À l’origine, le spectacle s’adressait à des enfants de 4 ans et plus. Est-ce qu’aujourd’hui, il vaudrait mieux le présenter à un public plus âgé ? Le personnage est plus cru. La bonne femme déambule dans un univers moins magnifié, moins poétique qu’à l’origine. Elle est moins « cute ». Jusqu’à quel point peut-on gommer lemerveilleux avec une telle proposition ?

Nous avons décidé de partir du texte et du personnage. De ne pas regarder la vidéo du spectacle créé en1995. De voir ce que nous avions gardé de ce personnage dans nos souvenirs.

NOS BOUGIES
D’ALLUMAGE

Nous avons rencontré Gilles Abel, en amont de la résidence. La discussion a porté sur les thématiques abordées. On ne peut pas échapper à l’itinérance puisque le personnage arrive et repart, on ne sait où, avec ses bagages. On relève tout de même que la genèse du projet repose moins sur l’itinérance que sur la solitude et l’envers des apparences. Aux premiers abords, le personnage est rebutant. En cours de route, on découvre son humanité, ses qualités.

Ce personnage qu’on a magnifié, poétisé en 1995, on le souhaite in situ, en 2025. C’est un théâtre dépouillé. On n’a pas besoin d’écrin pour la faire vivre. Il y a un 4e mur. L’entrée du personnage est importante, tout comme son départ. Elle est autonome. Il n’y a pas de référent naturaliste. C’est une femme seule dans un environnement réel. Elle transporte son monde et sa solitude dans la cité. Peu importe le lieu où elle est, elle porte tout son univers (autoportant). Comment ça s’inscrit, la solitude, dans le monde d’aujourd’hui ?

Lundi 27 octobre

Dès le premier jour, nous travaillons à partir d’accessoires. Nous faisons le pari de travailler le personnage, sans décor. Ou alors si peu. Linda a apporté deux grosses poches de tissu rembourré de vermiculite. La bonne femme les transporte sur son dos. On fait des essais. Ces gros sacs deviennent Lélé, l’éléphant. On y croit. Ça fonctionne.

Bien que nous ne souhaitions pas d’éléments de décor, nous nous donnons la contrainte de ne pas travaillerau sol afin que le public ait une meilleure vue du spectacle. Nicolas nous apporte une petite plateforme de bois qui servira de socle pour déposer Lélé. On utilise aussi UN projecteur sur pied, déplaçable, qui en plus de mettre le focus sur Lélé au centre, représentera le jour et la nuit.

Mardi 28 octobre

Nous travaillons avec de nombreux accessoires du quotidien. On fait beaucoup avec peu : une circulaire devient le livre de recettes. Deux briquets et une guirlande de lumières deviennent le feu. Une boite de carton : l’armoire aux méchants. Un éventail devient un fagot de bois, etc…

Mercredi 29 octobre

La journée commence par une rencontre autour de la grande table où sont servis café et croissants, avec l’équipe du Cube et du Carrousel, et avec deux jeunes artistes qui seront en résidence au Cube au printemps. Nous faisons connaissance et partageons nos idées.

De mercredi à vendredi, nous poursuivons notre exploration. Nous précisons les intentions et les déplacements de La bonne femme. Ce que nous voulions vérifier se confirme. Nous en venons à laconclusion que le chien n’est pas nécessaire. Il viendrait brouiller la compréhension et le déroulement de l’histoire. (Merci, Solo !)

Lors d’une étape subséquente, il faudra travailler à la conception du costume qui devra avoir de nombreusescouches et poches pour contenir la grande quantité d’accessoires qu’utilise le personnage.

Jeudi 30 octobre

Nous avons notre 2e bougie d’allumage. Nous rencontrons le duo du Théâtre Déchainés avec qui nous discutons de la particularité des publics. Des différences à faire entre « accès » et « accessibilité ».

Vendredi 31 octobre
14 h

Sortie de résidence. Linda invite ses étudiant.e.s de l’UQAM en scénographie. Anne-Marie Guillaime, Liliane et Peggy du TBD, Ludger du Carrousel, Martin Boisclair et Marc Pache y assistent aussi. Un échange suit, très constructif.

Notre but est atteint et nous avons envie de poursuivre en créant La bonne femme, petite forme en itinérance

* * *

Nous remercions l’équipe du Cube et du Carrousel, tout particulièrement Martin Boisclair et Nicolas Fortin, pour l’accueil, la bienveillance et la disponibilité tout au long de cette semaine de recherche.