Illustrations d'Anne-Sophie Tougas.

MÉDIATION ET CRÉATION EN THÉÂTRE JEUNES PUBLICS

Récits
de pratiques

Les processus de médiation qui nourrissent la création des œuvres sont encore peu documentés, alors que de plus en plus d’artistes y ont recours. Nous vous proposons ici une série d’entretiens avec des artistes qui partagent leur démarche singulière de médiation artistique dans des contextes de création pour l’enfance et la jeunesse.

En 2025, le philosophe pour enfants et doctorant à l’INRS Gilles Abel a rencontré plusieurs artistes du Québec afin d’explorer la place qu’occupe la médiation artistique dans leurs processus de création théâtrale pour les jeunes publics. Le Cube diffuse ici le fruit de ces échanges, dans le souhait de contribuer à documenter et à faire connaître ce champ de pratique et de recherche.

Ce projet a été mené dans le cadre de la recherche La place de la médiation artistique dans les processus de création des œuvres théâtrales pour l’enfance et la jeunesse : récits de pratiques (certificat éthique 2026-7957), par Gilles Abel et Anne Nadeau, professeure à l’École supérieure de théâtre de l’UQAM.

Bonne écoute !

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Les illustrations sont d’Anne-Sophie Tougas.

Les voix entendues dans le générique au début de chaque entretien proviennent des archives de Radio-Canada :

1. Françoise Loranger, entrevue avec Jacques Hébert, le 2 février 1969. Source : archives de Radio-Canada
2. Denise Pelletier, entrevue avec Lise Payette, le 17 janvier 1976. Source : archives de Radio-Canada
3. Jacques Lamarche, entrevue avec Andréanne Lafond, le 4 juillet 1971. Source : archives de Radio-Canada

Mathilde
Addy-Laird

Mathilde Addy-Laird est créatrice, metteuse en scène, comédienne et marionnettiste. Elle participe à la création d’œuvres contemporaines surtout destinée au jeune public et ce, depuis plus de 15 ans. La rencontre a toujours été la pierre angulaire de sa démarche ; la rencontre avec une œuvre et ses mots, celle entre les artistes et le public, mais celle aussi avec la matière et surtout, la rencontre entre êtres humains. Son parcours est marqué notamment par ses collaborations avec PPS Danse, le Théâtre AcharnéE, le Théâtre Advienne que Pourra, Qu’en dit Raton et L’Allumette, Théâtre de marionnettes. En plus de son travail de créatrice, elle a entre autres codirigé le Théâtre AcharnéE, une compagnie de théâtre féministe, pendant plus de dix ans, participé aux conseils d’administration de trois organismes artistiques, “mis en livre” deux recueils de poésie et dirigé des artistes de différents horizons. Au sein de Motus, elle a participé à plusieurs créations depuis 2012 et s’est jointe à l’équipe de codirection artistique en 2022.

Mélanie
Binette

Mélanie Binette est une artiste interdisciplinaire, performeuse et chercheuse basée à Montréal/ Tiohtià:ke/ Mooniyang. Elle a co-fondé et dirige depuis 2009 le Milieu de Nulle Part, une compagnie de création in situ et in socius qui explore des lieux en tant qu’espaces imaginés, pratiqués, contestés, conquis et reconquis. Elle s’intéresse en particulier à la façon dont la performance transforme les lieux en créant des espaces virtuels, alternatifs et mythiques, brouillant les frontières de ce que l’on nomme le réel. Elle a créé et dirigé des performances dans des endroits variés : toilettes publiques, cul-de-sac, local vide avec vitrine sur St-Laurent, cage d’escalier vitrée. En 2019, elle a créé Errances, un parcours one-on-one sur le deuil à la Place des Arts, lieu où son père est décédé. D’abord formée en théâtre à l’UQAM, elle a ensuite gradué d’une maîtrise interdisciplinaire en architecture, performance et communication de l’Université Concordia. Son mémoire questionnait le potentiel politique de la participation du public dans des performances immersives. Depuis, elle a aussi produit des oeuvres relationnelles en milieu communautaire à Montréal (Maisons de la Culture, Chic Resto Pop, Goethe Institute, Afrique au Féminin) et à Granby (3e impérial). Son projet, Camions (fantômes de la liberté), un parcours déambulatoire tout publics, est présenté au Centre National des Arts en 2026. 

Marion Daigle 
et Stella Lemaine 

Pour Marion Daigle, ce qui l’atteint dans les arts, ce sont les formes qui mobilisent le potentiel utopique et transformateur de ce qui sort du quotidien, de ce qu’il y a de magique, d’étrange et d’extraordinaire. Marion s’intéresse aux manières dont les arts vivants peuvent nous permettre de nous extirper du ici-présent pour mieux le critiquer, l’apprécier, l’habiter. Avec son collectif Sous l’amandier, co-fondé avec Stella Lemaine en 2024, et par son implication dans d’autres projets, Marion développe sa pratique en interprétation, en création et en médiation culturelle. Chaque projet est une occasion de creuser différentes manières de collaborer créativement, que ce soit au sein d’une équipe d’artistes ou dans un processus de médiation culturelle! Chaque projet est aussi l’occasion de créer des expériences tendant vers l’utopique et actualisant, ici-maintenant, un ailleurs meilleur. 

Graduée en 2022 de l’UQAM en art dramatique profil jeu, Stella Lemaine est une artiste interdisciplinaire fièrement née à Laval. Elle présente son tout premier court-métrage Prendre sa lumière (2018) au Black Film Festival et sur Télé-Québec. Depuis, elle continue à travailler sur ses projets à titre de réalisatrice et de scénariste. Sa pratique s’est ensuite étendue à la scène, comme interprète dans différentes productions théâtrale tel que L’Ombre une création dirigée par Marie Brassard puis à la danse lors de formation en danse au Centre Nyata Nyata. Aujourd’hui, elle travaille sur une première création solo : Corps Noirs qui reçoit différents soutiens (Black Theater Workshop, LA SERRE, MAI) et sur Pourquoi sauver un oisillon ? une co-création pour ados de son collectif Sous l’amandier qui lui a permis de rencontrer plus d’une centaine d’élèves à travers le Québec en menant des ateliers de médiation artistique autour de l’urgence climatique. Ses projets, souvent hybrides et engagés, sont nourris par son parcours artistique qui n’a de limite que sa curiosité. 

Karine
Gaulin

Karine Gaulin est artiste interdisciplinaire en art vivant. Elle écrit, joue et met en scène. Elle s’immisce aussi dans la création sonore. Ses projets, au croisement du théâtre, de l’installation et de l’art relationnel, ont comme dénominateur une exploration de l’intime. Profondément habitée par la thématique du prendre soin, elle cherche à honorer le vivant et à resserrer les fils d’affects qui nous relient à nos territoires géographiques et humains. Établie aux Îles-de-la-Madeleine, elle crée de plus en plus souvent à ciel ouvert. En 2015, elle a cofondé les Chemins errants, une compagnie de création d’œuvres d’art vivant qui nourrit une propension tendre et fougueuse à s’adresser aux tout-petits. Les créations de la compagnie cumulent plus de 550 représentations de l’est à l’ouest du pays. Elles ont été présentées dans les festivals de théâtre, dans des dizaines de milieux de vie petite enfance et chez des diffuseurs pluridisciplinaires. Ses projets sonores ont notamment trouvé écho au Festival Longueur d’Ondes (Brest), sur France 1ère St-Pierre et Miquelon et au Festival international de films insulaires de Groix. 

Amineh
Sharifi

Amineh Sharifi est une artiste d’origine iranienne, doubleuse (en persan), autrice et metteure en scène. C’est par le doublage qu’elle entre en art : après des études en génie informatique, elle découvre sa voix à Téhéran et se forme à l’Association des jeunes artistes de doublage, où elle commence à prêter sa voix à des personnages et à des récits. Arrivée au Canada en 2010, elle poursuit l’écriture et l’interprétation radiophonique en persan, créant pendant cinq ans un personnage fictif dont les chroniques quotidiennes sont diffusées en Iran. Elle réalise aussi des lectures performatives en persan et complète des études en pédagogie, ce qui l’amène à travailler en milieu scolaire montréalais. Depuis 2022, Amineh s’investit davantage dans le milieu théâtral francophone. Intéressée par la poésie, la langue et les formes sensibles, elle adopte le théâtre d’ombre, le mouvement et l’objet comme vocabulaire de création. Sa démarche se construit à travers la collaboration et la rencontre avec le public, impliqué tôt dans le processus. Soutenue par le Conseil des arts du Canada et le Conseil des arts et des lettres du Québec, elle développe actuellement Théâtre décomposé et J’ai perdu ma langue. 

Érika
Tremblay-Roy

Érika Tremblay-Roy est autrice, metteuse en scène et directrice artistique du Petit Théâtre de Sherbrooke. Elle signe des formes interdisciplinaires qui laissent une grande liberté de lecture aux jeunes publics. Ses œuvres, jamais prescriptives, touchent, questionnent et décoiffent. Parmi ces créations récentes, citons Le Potager, un concert-rock pour tout-petit.e.s, Le problème avec le rose, où elle aborde avec sensibilité et humour les questions du genre et de la diversité sexuelle et Prince Panthère, un cabaret-onirico philosophique déroutant. Érika est une créatrice qui va là où on ne l’attend pas, les métissages qu’elle réussit à créer entre les langages se renouvelant à travers l’un et l’autre de ses projets. 

GILLES
ABEL

Gilles Abel est philosophe pour enfants. Belge d’origine, il œuvre depuis plus de 20 ans en Belgique et au Québec dans le champ de la création pour les jeunes publics. Il est régulièrement sollicité par des artistes et des compagnies jeunes publics, dans une perspective de compagnonnage philosophique de leurs créations. Il effectue également un doctorat à l’INRS à Montréal, dans lequel il examine comment les savoirs des enfants circulent et se transforment dans les dispositifs de médiation intégrés à la création artistique.