Présentation des personnages - Résidence de recherche de Marie Reid
JOURNAL
DE BORD
En jouant avec les contrastes entre une parole ludique et un univers non réaliste, Marie Reid souhaitait se pencher sur la notion de famille choisie, pour écrire un texte où quatre personnes sont appelées à choisir leur rôle pour former, ensemble, une famille singulière. (En résidence du 23 au 29 mars, puis du 20 au 26 avril 2026)
La recherche de « Présentation des personnages » consistait avant tout à trouver la vie qui pouvait émerger de la chambre d’une jeune femme qui n’en sort pas souvent. La première semaine de résidence a permis une exploration plus libre dans le mouvement, les différentes textures de jeu et des allers-retours entre du texte et des improvisations. Rendu à la deuxième semaine, un portrait plus clair se dessinait quant aux différents personnages. Il était maintenant question de trouver la forme que prendraient les différentes apparitions dans la chambre.
23 MARS
Début de résidence. Apprendre comment communiquer ce que tu as dans ta tête à des humains qui ne sont pas dans ta tête.
On lit des extraits de textes que j’ai écrits et que je n’ai jamais fait lire à personne. Ouf c’est vulnérabilisant.
Hey j’en aime 2 sur 20 c’est pas si pire. Je vais creuser ces deux extraits-là.
Dans les improvisations, j’aime quand il y a des cris et des surprises. Des digressions aussi oui j’adore !
24 MARS
On a pas mal lu tout ce que j’avais écrit. Je dois maintenant me mouiller et diriger des improvisations. Je ne sais plus trop ce que je cherche dans cette résidence, mais il est clair que l’humour et l’obliquité des choses me parlent beaucoup.
Ouin, j’aime beaucoup la scène où chaque personne doit se choisir un personnage.
Ça devient clair pour moi qu’il faut que plusieurs personnages envahissent l’espace du personnage principal (qui reste sans nom pour le moment… ça viendra…).
J’ai beaucoup aimé le chien qui parle très fort, ce qui va peut-être alerter la police. Le chien me tente.
Comment est-ce que les personnages se sont ramassés ici ?
25 MARS
La formidable JJ Houle passe aujourd’hui en répétitions. Je me confie sur ce qui m’obsède. Elle me partage des univers qui pourraient m’intéresser. Elle me pousse à aller là où je n’ose pas (je l’aime beaucoup). C’est le début du poisseux (shoutout à Gilles Abel de m’avoir appris ce mot un mois plus tard :)).
Encore prise avec cet enjeu : j’aime les présences des autres personnages, mais je ne sais pas comment elles interagissent avec Melania. Elle se les imagine dans sa tête, donc elles peuvent entrer en contact ? Mais quel est le degré d’existence de chacune de ses entités ?
26 MARS
Retour à mes fidèles habitudes : on va mettre de la musique drôle et danser. Et un moment donné on va interagir ensemble. Et voir ce qui émerge.
Pas grave si rien n’émerge. Mais sortir de sa tête, c’est pas pire des fois. Pour moi en tout cas.
Ah oui et je me rappelle que j’adore l’esthétique CAMP. Je veux faire un show CAMP. Ça commence à me trotter dans la tête.
Aussi j’adore Melania, Lori et Maxime-Olivier. Je trouve que ce sont des allié.es hors pair pour créer. Iels plongent et osent dans mes idées. PLAISIR xxx
27 MARS
J’ai réécrit quelques scènes à essayer ce matin avant la répétition. On les a essayées. Je pense qu’écrire des mots c’est pas ma force. Je réalise que j’écris un sentiment que j’aimerais bien transposer sur scène. Mais tout est dit et il ne reste plus d’espace pour faire émerger des surprises, du sens. Alors peut-être que ma démarche c’est d’écrire au premier degré et ensuite construire par-dessus ça ? Est-ce que c’est comme ça pour tout le monde ? Quelqu’un ici peut me répondre ? Quelqu’un m’entend ? Joke (mais pas si joke que ça, si quelqu’un ici veut me répondre ; écris-moi sur Messenger on va jaser xx)
OK j’ai quelques semaines de pause pour mieux revenir. Je vais regarder tout ce que j’ai filmé et nécessairement aimer des éléments que j’aimerais pousser plus loin ? On se reparle en avril.
20 AVRIL
J’AI PEUR.
Me revoici avec mon matelas gonflable et mes draps. Il y aura un lit sur scène. C’est une des seules choses qui tienne.
J’ai rencontré la formidable JJ avant de reprendre la résidence. Un nouveau personnage fera son apparition. Une figure parasociale. Comme un.e idole du personnage principal. Pour l’instant ce sera l’influenceuse-concombre. Comment la faire apparaître sans être dans une facilité, une évidence ?
Est-ce que la quête de cette pièce serait plutôt une tentative de s’autosuffire à soi-même en se créant un monde imaginaire ? Est-ce seulement de rendre la solitude plus tolérable ? Comment représenter une solitude si la comédienne n’est pas seule en scène ? Comment représenter une solitude qui puisse être positive ?
Cette semaine, j’essaierai différents tableaux avec différentes apparitions et éventuellement je tenterai de créer un lien entre ces tableaux.
21 AVRIL
Un économe et un concombre. Comment éplucher un concombre. Cela paraît simple, mais on ne peut pas savoir comment faire si on ne l’a jamais fait.
C’est ce que nous explorons aujourd’hui. L’influenceuse au concombre. Difficile à dire comment elle apparaît dans la chambre, mais ça viendra. Ce qui est intéressant c’est la connexion qui se crée entre elle et le personnage principal. Le réconfort qu’il y a dans regarder quelqu’un d’autre faire quelque chose. S’accompagner.
Aussi cette fois, j’ai voulu essayer de bloquer la lumière des fenêtres. Afin d’explorer la noirceur. Personnellement j’ai très peur du noir. Un jour mon père m’a fait descendre au sous-sol. Il m’a placée au centre de la pièce, est allé dans les escaliers plus haut et a fermé la lumière. C’était pour que je réalise qu’il n’y a aucun danger dans le noir. Peut-être qu’il n’y a aucun danger, mais c’est pas ça que ma p’tite tête d’enfant de 8 ans me disait à l’époque. Traumatisant !!!!
De là est venue l’idée que le personnage se promène dans le noir et explore les limites de son confort. Et si le public était également convié dans cet inconfort ?
22 AVRIL
Il faut maintenant trouver la fonction du personnage de Maxime. Serait-il une idole de jeunesse, une affiche posée sur un mur qui prend vie ?
Ça ressemble trop au rapport que le personnage de Melania entretient avec l’influenceuse concombre. Peut-être que Maxime joue le personnage surprise qui apparaît dans l’enquête ?
23 AVRIL
Exploration de la scène d’enquête que je tente de renier depuis le début, mais que j’aime beaucoup. Je ne veux pas tout vous dire ici, car ça me gêne. Mais une grande scène d’enquête a été réécrite et explorée à plusieurs reprises depuis le début de cette recherche. Je pense que c’est de là qu’émerge le personnage joué par Maxime. Ainsi 3 personnes (ou plus) se retrouvent dans la chambre et doivent éventuellement… créer une famille ? Serions-nous de retour à ce qu’était le projet au tout début ? Un classique quoi !
Moi qui ne voulais pas faire de sortie de résidence, je décide que je vais monter un mini scène-à-scène et que nous enchaînerons devant la conceptrice de décors. Pas besoin que ce soit bon, juste besoin d’essayer de juxtaposer différentes textures et voir ce qui se succède bien (ou pas). Et tout cela avec de la musique « drôle ».
24 AVRIL
Fin de cette résidence. Je suis reconnaissante d’avoir pu investir cet espace, d’avoir pu prendre mon temps sans pression (quoique, il y a quelqu’un de fatigant qui me mettait quand même beaucoup de pression : moi-même). Je suis reconnaissante d’avoir eu un lit pour faire une sieste quand mon cerveau était trop plein après nos avant-midis d’explorations (mais c’est pas pour ça que je l’ai amené hein, c’est vraiment pour des raisons artistiques.
Je clos cette résidence avec Gilles Abel. C’est un adon qu’on se rencontre lors de ma dernière journée, mais ça tombe à point. On ne se connaît pas du tout et il m’aide à éclaircir le chemin que je souhaite emprunter. Il met des mots qui me font sentir valide dans ma démarche. Il m’encourage à explorer le punk, le poisseux, le sensible. Ce que je retiens de cette rencontre : passer par le premier degré pour ensuite aller ailleurs, oser le poisseux, effleurer le passage du tolérable au désirable. À partir du moment où on se débarrasse du politically correct, peut-être qu’on ouvre un désir ? Trouver le chemin de traverse. En jouer et déjouer. Je m’empare du cliché pour le retourner sur lui-même.
On s’en reparle dans quelques années ?
Merci Le Cube, merci Martin, Alexie, Lori, Melania, Maxime-Olivier, JJ, Jeanne, Gilles, Benoît, Anne-Marie. Nos échanges m’ont portée tout au long de cette résidence et continuent de me guider.