Sage comme une image – Résidence interrégionale de création de Cécile Mouvet
Programme
interrégional
Après une première résidence de recherche au Cube en mai 2025, Cécile Mouvet souhaitait poursuivre l’exploration d’une nouvelle dramaturgie alliant vocabulaire circassien, texte et théâtre d’objet afin de consolider l’objet artistique en cours d’apparition. (En résidence du 24 au 28 novembre 2025 [La Rubrique], du 23 au 27 mars 2026 [Petit Théâtre de Sherbrooke] et du 27 avril au 1er mai 2026 [au Cube])
JOURNAL
DE BORD
Théâtre la Rubrique — novembre 2025
Cette semaine commence par des rires sur une route enneigée : l’équipe de « Sage comme une image » est joyeusement cordée dans un Dodge Caravan — direction Saguenay !
On arrive dans un décor de rêve : le Théâtre la Rubrique dans son écrin de forêt nous ouvre ses portes.
Sur place, on rencontre l’équipe du théâtre : Julie, Jocelyn, Valérie, Maude, Frédéric…
L’accueil est chaleureux et on se sent comme à la maison.
Pendant cette semaine on reprend nos explorations acrobatiques sur les échelles, on cherche de nouvelles manières de faire se rencontrer le texte et l’image au plateau.
On trouve de nouvelles péripéties pour les personnages, on affine leur caractère.
Et puis, il est pour Cécile de rencontrer deux classes de l’école Marguerite Belley à Jonquière : des 2e et des 5e années.
Pendant les ateliers avec les classes, on relève des défis, on fait des jeux et tout ça nous amène à jaser autour de questions philo et des grands thèmes de la création en cours : quel souvenir chacun.e a de la photo de classe ? Ça veut dire quoi être sage ? Qui a le droit de nous dire quoi faire ? Comment repérer et réagir face à une injustice ?
À la fin de chaque atelier, on invite les enfants à venir nous voir au théâtre. On leur explique que c’est comme ça qu’on fonctionne sur cette création : on vient voir les enfants chez eux à l’école et ensuite on les invite à venir chez nous au théâtre. Alors, on se promet de se revoir dans deux jours au théâtre !
La rencontre avec les enfants réactive notre imaginaire et les explorations reprennent sur scène. On trouve deux nouveaux tableaux qu’on ajoute aux canevas narratifs et acrobatiques : on est très content ! Et ça tombe bien : les enfants viennent nous voir au théâtre. On leur présente un extrait de nos recherches et on jase ensemble sur ce qu’iels ont vécu ou perçu des personnages, de l’histoire et du mouvement, mais aussi de ce qui a pu ou non générer des émotions.
Et puis, le temps a filé et c’est déjà la fin de semaine ! On quitte le Théâtre la Rubrique avec plein d’idées pour la suite et l’impression de laisser un petit bout de cœur sur place tellement l’accueil a été grandiose.
Petit Théâtre de Sherbrooke — mars 2026
Et c’est reparti : l’équipe de « Sage comme une image » reprend la route, cette fois-ci direction Sherbrooke. Nous arrivons accompagnés par la neige du printemps — celle qui traîne un peu trop longtemps.
On découvre les espaces lumineux et spacieux du CASJB et l’équipe attachante du Petit Théâtre de Sherbrooke qui échange avec nous le temps d’un dîner. On se rencontre, on attise nos curiosités et on se rend compte qu’on partage beaucoup d’affinités.
Et puis on commence le travail : on explore des images poétiques en reliant les interprètes aux échelles par du fil de pêche, on explore aussi un nouveau module d’échelle : le mur.
Et puis on fait des tests de sonorisation et de spatialisation sonore de la voix de la narratrice : qu’est-ce que ça amène d’entendre une voix venir de différents endroits dans l’espace ? Qu’est-ce que ça génère chez le public, mais aussi dans la tension dramatique ?
Et puis, vient le temps de rencontrer les enfants, de jouer et de réfléchir avec elleux sur ce qu’on est en train d’imaginer pour elleux.
L’équipe se rend à l’école Écollectif de Sherbrooke pour rencontrer une classe de 5e année. Ensemble on fait des jeux qui mettent en scène des règlements injustes, on relève des défis de prise de risque, on invente des histoires à partir des répliques du texte en cours d’écriture.
Et puis tout ça nous amène encore une fois à jaser de grands et petits sujets comme : comment réparer une amitié ? Comment réagir face au comportement injuste d’un.e ami.e ? Quelles stratégies peut-on imaginer quand on n’a pas envie de faire quelque chose — comme bien s’habiller pour une photo de classe ?
On repart avec beaucoup d’enthousiasme et on se donne rendez-vous au théâtre avec les enfants pour leur montrer nos explorations.
Et on reprend nos recherches, on améliore nos acrobaties, on teste du nouveau texte. Et c’est le temps d’accueillir les enfants au théâtre. Tout le monde s’installe et on présente nos recherches.
La discussion qui suit la présentation est galvanisante : on parle de la force de l’évocation des échelles pour créer des situations ou figurer des lieux, on confronte nos interprétations et on s’interroge : qu’est-ce que c’est être une bonne personne ? Est-ce qu’on peut être une bonne personne pour soi, mais pas pour les autres ? Est-ce que nos actions définissent ce que nous sommes ?
Les enfants retournent dans leur école et nous on retourne à nos explorations.
On fait un premier déroulé : les vingt premières minutes du spectacle sont bel et bien esquissées — on se sent rassurés !
Tout au long de la résidence, on a eu la chance de croiser et de jaser avec des artistes de danse, de cirque, de marionnettes, de théâtre. On admire l’écosystème du CASJB qui rassemble entre ces murs autant de sensibilités et d’univers artistiques, ce qui permet d’élargir notre champ de vision tout en nourrissant notre réseau professionnel.
Mais voilà qu’il est temps pour nous de rentrer à Québec — alors nous revoilà cordé-serré dans le Dodge Caravan. Cette fois la neige a accepté de quitter la partie et le soleil l’a remplacé !
Le Clou — mai 2026
C’est déjà la dernière semaine du programme des résidences interrégionales ! Toute l’équipe se rassemble à Montréal, mais cette fois chacun.e est venu par ses propres moyens.
On profite de ce temps de travail pour affiner les acrobaties sur le module du mur, tester des images, mais aussi de la dramaturgie.
Erica Schmitz—costumière et accessoiriste sur le projet nous rejoint. On rêve ensemble aux tenues des personnages et aux objets qui vont venir compléter l’univers de « Sage comme une image ».
On profite de ce temps de résidence pour se former : Cécile rencontre Julie Drouin pour un entretien d’explicitation. C’est l’occasion de faire un pas de côté sur le processus en cours — de regarder autrement ce qui émerge des explorations.
Et puis une partie de l’équipe rencontre Marie Ayotte du Théâtre Déchaînés qui nous donne des pistes en accessibilités créatives — on parle beaucoup de l’accessibilité pour les personnes sourdes ou malentendantes. On ressort de ces deux rencontres avec des outils qui, on le sait, nous aideront bien au-delà du projet.
Et puis au fil des explorations on découvre un nouveau module d’échelles ! Une nouvelle manière de les assembler pour créer un nouveau Lego sur lequel jouer acrobatiquement qui nous permet aussi d’ouvrir de nouveaux espaces d’imagination.
C’est très joyeux et en même temps ça vient bouleverser ce qu’on a fait dans les jours précédents.
Mais c’est exactement là qu’on veut aller : profiter des résidences pour avoir l’espace de se bouleverser, de changer les plans, pour cultiver la liberté de chercher.
Alors on joue et on modifie les canevas existants.
Mais le temps file et c’est déjà la fin de cette troisième résidence.
Si le temps est un concept — qu’on peut le perdre ou le gagner et qu’il peut passer vite ou lentement — on dira que pour nous le temps est passé vite, mais qu’on a gagné beaucoup en trois semaines de résidences.
On ressort avec un début de création consolidé et l’horizon des encore possibles à perte de vue !